Cinéma : Les Malheurs de Sophie

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L’autre jour je suis allé voir Les Malheurs de Sophie, dès sa sortie. Il faut dire que j’y allais avec crainte car 1) la trilogie de la comtesse de Ségur fait partie des lectures cultes de mon enfance, que je connais par cœur, 2) je n’avais vraiment pas aimé les autres films de Christophe Honoré.

S39©JeanLouisFernandez-255Et pourtant, je dois dire que j’ai vraiment retrouvé tout l’esprit du livre dans cette adaptation plutôt fidèle et très juste. Malgré quelques effets de mise en scène et de musique qui m’ont parfois agacé, malgré la modernisation du si désuet « soufflet » au profit de « gifle », je n’ai pas boudé mon plaisir en retrouvant toutes les « idées » de Sophie (il a fallu faire un choix, tant elles sont nombreuses!), plus peste que jamais…

Sa cruauté légendaire envers les animaux n’est absolument pas édulcorée, le fait d’en avoir figuré certains en animation rend d’ailleurs la chose encore plus horrible…

Mais aussi du châtiment corporel en veux-tu en voilà (même si Mme de Réan est ici très dépressive et plutôt laxiste avec son enfant, plutôt que sévère et parfois distante dans le livre) et enfin une relation avec Madame de Fichini un poil plus vicieuse. Seul le destin de Paul a  été quelque peu simplifié, adaptation oblige.

S17©JLFernandez165Ce sont également les très délicats costumes de Pascaline Chavanne qui ont retenu toute mon attention. Le film ayant été placé de façon très heureuse  sous la période Empire (ce qui change enfin un peu!), visiblement en référence à l’enfance de la Comtesse de Ségur, qui s’était inspirée de ses propres frasques pour son récit.  On y voit donc de très belles robes de linon et mousseline brodée, des habits d’hivers pour les enfants absolument a-do-ra-bles, et coup de cœur pour une robe taillée dans un châle cachemire porté par Madame de Fleurville (parfaite Anaïs Demoustier).

Muriel Robin brille en Madame Fichini tout aussi démodée que dans le livre, arborant des robes redingotes avec un énorme faux-cul et multiplicité de jupons, plutôt évocateurs des années 1790 et d’autres tenues fort bariolées (qui vont parfois chercher des influences plus diverses), illustrant son mauvais goût si bien évoqué dans Les Petites Filles Modèles. « Nous ne méritons pas de pareilles élégances avec nos toilettes toutes simples » dit Mme de Fleurville en la recevant pour la première fois, « Vous valez bien la peine qu’on s’habille, il faut bien user ses vieilles robes à la campagne » : cet échange directement repris de l’ouvrage fonctionne d’autant mieux avec le contraste de ces modes. L’influence du XVIIIe siècle se fait encore souvent sentir, surtout dans les costumes de certains domestiques. Les vêtements masculins sont plus discrets mais on y voit aussi des éléments tout à fait justes et intéressants. Petite palme avec le personnage ajouté de Michel Fau, ancien missionnaire un peu malsain habillé à la chinoise, inspiré d’un véritable révérend lazariste revenu du Tibet qui avait côtoyé la comtesse de Ségur dans son château des Nouettes.

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Le film, même s’il n’a clairement pas pour but la reconstitution historique (les décors et mobiliers sont par exemple plus tardifs dans l’ensemble), donne donc une image d’ensemble bien équilibrée, avec vraiment de fort jolies choses, un beau choix de coupes et de matières, et surtout des costumes qui conviennent au récit comme aux personnages. Et c’est au cinéma le plus important!

 

Toutes les photos sont la propriété de Gaumont-Pélléas Films ©JLFernandez